Attendre un enfant après un cancer du sein est une belle revanche sur la vie. C’est maintenant le cas de plusieurs femmes. Il est tout à fait possible de mener à terme une grossesse après un cancer du sein, moyennant certaines précautions. Les oncologues préconisent classiquement un délai de 2 à 3 ans entre la fin des traitements et la conception. Cela est lié au fait que le taux de rechute est malheureusement plus important dans les 2 premières années, notamment chez les jeunes femmes. 

Elodie, 33 ans, a bien voulu partager avec nous son expérience de la maternité après son cancer du sein. 

« Mon rêve était de devenir maman »

Bonjour Black’In, je suis Elodie, j’ai 33 ans aujourd’hui, mais dès l’âge de 28 ans, on m’a diagnostiqué le cancer du sein. De nos jours, le sujet est beaucoup moins sensible qu’il y a 4 ans. On vous l’annonçait à l’époque comme un coup de massue. Je ne vais jamais oublier ce jour où on me l’a annoncé en me disant très clairement que je n’aurai plus d’enfants, « que c’était fini ». Ça a été une période extrêmement difficile de ma vie car à 28 ans, on ne s’imagine pas avec un cancer. Pour moi, j’avais toute ma vie devant moi, des projets, des voyages, des envies !

C’était un terrible choc et j’ai réalisé que cette nouvelle me permettait de faire le point sur mes priorités. A cette époque, cela faisait 2 ans que j’étais en couple avec mon copain Cédric. Dieu merci, il m’a accompagné et a été d’une patience irréprochable. Contre toutes attentes, il n’est pas parti, il m’a épaulé et m’accompagne jusqu’à ce jour dans cette lutte contre le cancer. Je le précise, car je me suis rendue compte que beaucoup de femmes dans ma situation affrontaient la maladie, seules. Certaines d’entre elles étaient dans une immense détresse car elles faisaient face à une séparation, un divorce ou encore à la possibilité de ne plus jamais avoir d’enfants. C’était mon cas, mais je n’ai jamais perdue espoir.

Mon cancer du sein c’est avéré plus agressif que prévu, la case de la mastectomie était donc inévitable pour moi. Il a fallu cependant commencer avec des séances de chimio-thérapies pour tenter de réduire le kyste. Je suis alors effondrée mais je dois faire face… Avant d’entamer les traitements, les médecins nous ont expliqué qu’il pouvait exister un risque pour ma fertilité. Le diagnostic est tellement sévère que l’heure est à la guérison avant de penser finalement à un enfant ! A ce moment là, on n’y pense même plus.

Heureusement pour moi, peut-être par chance, mon corps réagit bien à la chimio. Vomissements et chutes de cheveux sont tout de même au rendez-vous. C’est alors que le maré tét me sauve la vie pour essayer de cacher les effets. Quand on est malade, on ne veut pas forcément que toute la terre entière le sache ! Cependant tant mieux, on peut envisager enfin l’opération (l’ablation du sein droit). Pour moi ce moment était comme une délivrance… je pourrais enfin respirer. Bref je reprends mes traitements de chimio, de radiothérapie mais aussi d’hormonothérapie. Eh oui, pas de bol, je souffre d’un cancer du sein hormonodépendant (les hormones jouent un rôle dans la prolifération des cellules cancéreuses). Je suis donc un traitement hormonal qui met mon corps en ménopause afin de diminuer le risque de récidive. Mon médecin me prévient que le traitement durera certainement 5 ans. A ce moment précis, mon objectif est de guérir, il était inconcevable pour moi d’interrompre mon traitement d’hormonothérapie. Au fur et à mesure, j’ai retrouvé ma confiance en moi, je m’informais un peu partout et j’avais lu l’histoire d’une femme qui avait interrompue son traitement pour avoir un enfant. Je l’ai moi aussi envisagée, mon rêve était de devenir maman. Après 3 ans et 6 mois de traitement, j’ai décidé de l’interrompre. Mon oncologue était mitigé, Cédric mon compagnon aussi, ils étaient surtout inquiets pour moi mais nous l’avons fait !

J’ai décidé de laisser faire la nature. 4 mois après je suis belle et bien tombée enceinte ! Oui un vrai miracle, je l’ai tout de suite dit à mes proches qui savaient que j’avais interrompu le traitement. Je profitais de l’instant présent et je ne pensais même plus à la maladie : j’allais enfin être maman ! Cédric et moi étions aux anges… j’ai décidé de me chouchouter et de reprendre goût à la vie pour accueillir mon enfant. J’ai retrouvé ma féminité et avec l’amour de mes proches, ma grossesse s’est bien passée et j’ai eu un belle petite fille qui a aujourd’hui 5 mois et qui est en bonne santé.

Ayant un seul sein, j’ai décidé de ne pas allaiter (cependant certaines le font avec le sain non traité) mais pour ma part, c’était un choix personnel. J’étais déjà ultra heureuse d’avoir ma fille mais je vis toujours avec des angoisses. Je ne suis pas guérie, je suis en rémission, il y a de gros risques que le cancer réapparaisse mais j’essaye de ne pas y penser trop souvent. Je savoure chaque instant présent. Il faudra peut-être envisager la reprise du traitement hormonal mais pour le moment, mon oncologue pense que ce n’est pas indispensable. Je profite de ma famille même si les doutes sont présents.

Peut-on avoir un enfant après un cancer du sein sans prendre de risques ? Il faut savoir que chaque cas est différent et que vous devez absolument vous faire accompagner pour prendre vos décisions. Chaque femme est différente, il est primordial de vous renseigner auprès des médecins compétents pour vous aider dans votre choix et surtout afin de connaitre les risques selon le type de cancer du sein hormonodependant ou non.