En voyage à Haïti du 17 au 24 mai 2012, JAHAIR nous relate tout de leur expérience, de leurs satisfactions, mais aussi de leurs émotions… Mathilde, membre de l’association présente sur les lieux, nous offre chaque jour un moment de partage unique à lire sans modération !

« L’usage de son bonheur ne peut se faire qu’en le partagent avec les autres » inscription sur le mur d’une classe de Bocozel (zone d’intervention). C’est exactement cela que l’on vit ici : une communion incroyablement profonde douce et amoureuse. Chacun donne un peu de soi à l’autre….

Le bonheur… Combien de fois ai-je entendu de la bouche de mes amis et proches : « je suis heureux, je nage dans le bonheur ». Et là, je regarde autour de moi. Et je vis une sorte de bonheur, le brut : tu sais le pur, sans adoucissant. Pas le bonheur à l’occidental, pas le bonheur à l’européenne celui qu’on veut nous faire acheter dans les magasins. Tu sais, celui qui ne t’épargne pas, qui te casse les bras quand tu le vois. Les habitants de Village Noé vivent un bonheur authentique. Le bonheur, je l’ai compris, n’épargne pas la souffrance. Car souffrir, dit-on, c’est vivre. Ces gens sont en vie, auprès des gens qu’ils aiment. C’est donc ça le bonheur ! Et beaucoup de gens l’ignorent…

Et puis le bonheur c’est aussi, pouvoir donner un peu du sien, vouloir le partager.  Comme le disait Mère Thérésa,  « ne laissez jamais personne venir à vous et repartir sans être plus heureux ».

Aujourd’hui, j’ai pleuré parce que ce que je vis c’est fort. C’est tellement beau que ça en devient irréel. J’ai ri aussi… de tout mon cœur avec des enfants du Kinder Garden (maternelle) de Pont Sonde, avec des CE2 qui se sont moqués de mon créole pitoyable, j’ai ri avec des personnes âgées. Sans raison particulière, juste pour le plaisir d’être ensemble et de partager 10 minutes de notre vie bien qu’on ne se connaisse pas. Voilà, j’ai été heureuse de rien et de tout en même temps.

C’est marrant car eux, ils sont heureux d’un rien puisqu’ils n’ont rien à perdre. Plus d’attaches matérielles, plus d’appartenance au monde actuel, etc. Le simple bonheur d’être en vie les anime. Je suis éblouie par la puissance de leur dignité, de leur courage, de leur force … C’est comme regarder le soleil de face… personne n’y arrive ! Regarder ces gens dans les yeux… C’est de l’ordre du surnaturel.

Rentrer dans leur intimité pour effectuer notre enquête pour la mission d’évaluation sanitaire, leur poser des questions telles que « est-ce que tu utilises tes selles comme engrais pour ton repas ?  » est réellement difficile. Mais je le fais sourire aux lèvres comme si j’étais entrain de leur demander si je pouvais leur servir un peu de thé. Et eux de me répondre le plus naturellement du monde. « Ah bon ? Tu ne manges pas tous les jours… C’est vrai ?  Depuis 7 ans ton potager ne te rapporte rien parce que ta terre est trop sèche. Non ? Sérieux ? Ta petite fille ne va plus à l’école car elle est enceinte de son deuxième bébé à 15 ans… » Mais au delà de tout ça, ils sont tellement beaux dans ce qu’ils vivent qu’on n’a qu’une envie celle de le vivre avec eux et de leur donner la force pour continuer à se battre.

J’ai envie de conclure en vous avouant que j’ai eu la chance de goûter au vrai bonheur…et c’est fou comme j’ai envie de le partager.

FROM HAÏTI WITH HOPE

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