En voyage à Haïti du 17 au 24 mai 2012, JAHAIR nous relate tout de leur expérience, de leurs satisfactions, mais aussi de leurs émotions… Mathilde, membre de l’association présente sur les lieux, nous offre chaque jour un moment de partage unique à lire sans modération !

Dimanche matin… soley ka pété ! C’est parti pour 2H de route : direction Port au Prince, CITÉ SOLEY ! « N. » (journaliste qui nous accompagne) nous donne quelques règles de base : toujours rester groupé, cacher nos sacs, et surtout savoir prendre ses jambes à son cou en cas de problème ! La durée de notre visite ne devra pas dépasser 1h.

On arrive là bas, et plusieurs habitants d’un camp de rescapés du séisme du 12 Janvier sont attroupés autour de notre bus. On descend et on rencontre le chef du camp. On est accueilli comme des princes. Une dame prononce des mots de bienvenue en français. Peu à peu, la peur d’être agressés se dissipe et nous descendons les quelques sacs remplis de produits de premiers soins que nous avions décidé de leur offrir.

Quel moment de partage incroyable ! Ils nous invitent à faire une prière et c’est tous ensemble que nous prions. Et me voilà saisie de voir une si grande foi ! Ils prient avec leurs cœurs et le font avec tellement de conviction que cela me coupe le souffle.

On commence la visite du camp, et le constat est terrible : 300 familles et 150 tentes. Cela signifie que sous chaque tente vivent DEUX familles. Les tentes ont été installées par diverses ONG, et aujourd’hui ils sont livrés à eux même. Ça m’a complètement scié. La chaleur est intenable en dessous, quand il pleut ils ne peuvent pas dormir car les tentes sont alors inondées. Ne parlons pas de nourriture, c’est bien simple ils n’en ont pas… ou alors que peu !

En quittant le camp, les larmes ont coulées … Pas des larmes de tristesse… Des larmes de joie car ils nous ont dit que notre visite leur avait redonné de l’espoir, car ils croient qu’ils y arriveront. Et à ces larmes se mélangent le sentiment d’impuissance. Que faire pour ces 2500 personnes ? Qu’est ce que JAHAIR, petite association peut faire pour eux, pour palier à leur situation INACCEPTABLE ?

Ici, tout doit être construit. Tout doit être repris à la racine. Est-ce qu’un jour ces gens arrêteront de souffrir ? Est-ce qu’un jour ils auront la chance de vivre de façon normale et digne, de bannir la misère abjecte et les horreurs qu’offre la pauvreté ?

Quoi qu’il en soit, ces gens là y croient fort. Ils croient tellement en DIEU, ils prient tellement avec leur cœur, ils sont tellement prêts à changer les choses… que je me mets à y croire aussi, même si la réalité est terriblement dure à accepter.

Nous avons repris la route et avons été nous recueillir dans la maison de Judes (haïtien et rescapé du séisme) : ses filles et trois de ses amis ont été tués dans le séisme et sont encore sous les décombres… En voyant cet amas de pierres mélangés aux choses quotidiennes de la vie (une bouteille, une radio, un bout d’armoire, une brosse pour biberons etc…), j’ai réalisé à quel point la vie n’était qu’un bout de fil et que RIEN N’EST JAMAIS ACQUIS.

Après ces quelques jours passés sur cette terre si riche, si belle et si aimante, j’ai le sentiment d’y être comme chez moi. Ces gens que je croise dans les rues, les habitants du Village Noé et de Cité Soley sont comme mes frères.

La fatigue est plus que présente mais l’Amour prend le dessus… À croire que L’AMOUR est plus fort que tout.

Bien à vous,

Mathilde, Jahaitienne.